Henri Matisse
« J’ai toujours en train un tableau que je travaille, comme un pianiste fait des gammes (…). J’aime la difficulté. Quelque chose en moi me pousse à toujours tenter de nouvelles expériences »
Rien ne prédestinait Henri Matisse à devenir l’un des plus grands artistes du XXe siècle. Ayant pris tardivement conscience de sa vocation, le chemin fût long avant d’accéder aux premiers succès. La richesse de l’œuvre de celui qui affirmait : « L’importance d’un artiste se mesure à la qualité des nouveaux signes qu’il aura introduit dans le langage plastique » est le fruit de remises en causes renouvelées de son travail. Cette absence de dogme lui permit d’innover jusqu’à son dernier souffle.

1869 – 1898 | 1898 – 1916 | 1917 – 1929 | 1930 – 1940 | 1941 – 1947 | voir les tableaux

1869 – 1898
Dès sa jeunesse, Henri Matisse fait preuve d’audace et de persévérance. Né au Cateau-Cambrésis dans le Nord en Décembre 1869, destiné à devenir clerc de notaire, c’est au cours d’une longue convalescence qu’il commence à peindre et qu’il découvre sa passion :
« (…) Pour moi c’était le Paradis trouvé dans lequel j’étais tout à fait libre, seul, tranquille, confiant tandis que j’étais toujours un peu anxieux, ennuyé et inquiet dans les différentes choses qu’on me faisait faire »
Malgré l’objection de son père, Henri Matisse part à Paris pour s’inscrire à l’Académie Julian et dans l’espoir d’intégrer l’école des beaux-arts. Son échec au concours d’entrée ne le fera pas renoncer et l’incitera à trouver d’autres chemins de traverse, vers sa destinée, celle d’être l’un des artistes les plus importants du 20ème siècle. Admis officieusement dans l’atelier de Gustave Moreau, il s’inscrit également aux cours du soir des Arts Déco où il fréquente Albert Marquet avec lequel il capturera les scènes urbaines de la capitale, les fiacres et les passants. Le dessin lui a permis d’expérimenter et de s’émanciper de ses pairs, à l’image de ce que Matisse sera toute sa vie durant, un homme pugnace et optimiste, faisant fi des échecs et des aléas. Ses débuts témoignent d’une capacité iconoclaste à casser les codes d’une formation somme toutes assez traditionnelle, ce que Gustave Moreau décèlera en lui affirmant : « Vous allez simplifier la peinture »
Cette quête de simplification, tant esthétique que philosophique, est avant tout une recherche d’universalisme auquel il accèdera à la fin de sa vie avec la Chapelle de Vence : « Cette chapelle est pour moi l’aboutissement de toute une vie de travail pour lequel j’ai été choisi par le destin sur la fin de ma route, que je continue selon mes recherches, la chapelle me donnant l’occasion de les fixer en les réunissant. »


1898 – 1916

En 1898, deux voyages seront fondamentaux pour la suite de son cheminement artistique : Londres où il se délecte des œuvres de William Turner puis Toulouse et la Corse où il découvre la lumière du Sud. Après un bref retour dans le Nord, c’est au début du siècle suivant que son art va connaître un véritable tournant. Sa pratique de l’aquarelle sur le motif et sa rencontre avec Paul Signac en 1904 lui permettront de s’affranchir de l’usage traditionnel de la couleur pour aboutir à l’invention du Fauvisme lors de l’été 1905 passé à Collioure avec André Derain. En 1906, il achète son premier masque africain et fait découvrir cet art à Picasso. La même année, il se rend en Algérie où l’expérience du désert le bouleverse et lui donne
« une envie de peindre à tout déchirer ».
Ainsi, tout à la fois porté par ses inventions colorées et ses récentes inspirations, il s’engage dans une intense période créatrice avec la commande des deux panneaux décoratifs pour le collectionneur russe Chtchoukine, La Danse et La Musique vers 1909-1910. La magistrale série des intérieurs symphoniques, notamment L’Intérieur aux aubergines de 1911, sera l’apogée de cette décennie au cours de laquelle il découvrira également l’art musulman et l’Espagne. Prompt à poursuivre son ouverture au monde, les séjours au Maroc en 1912 et 1913 parachèvent son irrésistible attrait pour l’Orient.
Au fur et à mesure de ses voyages, Matisse se constitue une collection d’objets, meubles et tissus qu’il intégrera dans ses œuvres : « L’objet est un acteur : un bon acteur peut jouer dans dix pièces différentes, un objet peut jouer dans dix tableaux différents, un rôle différent.» Ce métissage des sources, enrichi au fil des voyages, nourrit sa réflexion plastique et l’iconographie de ses œuvres. Abordant les notions de décoratif, Matisse s’éloigne de toute exactitude – qui n’est pas la vérité assène-t-il – et cherche la synthèse de la forme au plus juste de son émotion. En 1916, Matisse réalise deux œuvres majeures de très grandes dimensions : Les Marocains et Femmes à la Rivière et passera les années de guerre entre Issy-Les-Moulineaux et Paris.

1917 – 1929
Les résultats de ses recherches lui donnent le vertige et le poussent à se rendre à Nice fin octobre 1917 pour s’y installer définitivement au début des années 1920. En quittant l’atelier d’Issy-les-Moulineaux, il s’invente à Nice un univers dédié à ce qui deviendra son obsession pendant une dizaine d’années : les Odalisques où les modèles se prêtent au jeu de l’accessoirisation. De sa région natale, Matisse se souvient des tissus flamboyants pour créer des intérieurs avec une abondance de matières et de motifs. Grisé par les variations infinies de son sujet, il va multiplier les scènes d’intérieur, peignant, dessinant, sculptant des jeunes femmes nues ou qu’il habille de vêtements rapportés du Maroc. En 1920, il réalise pour Diaghilev les décors et les costumes du ballet Le Chant du rossignol, première expérience décorative hors de la surface plane du tableau.
Tableaux…



(Philadelphie, Musée des Beaux-Arts)

